D'un point de vue strictement individuel, cette philosophie naît
du désir de prendre ses décisions avec plus de
cohérence, de vivre d'une façon plus satisfaisante.
Elle débouche sur une nouvelle éthique. Une éthique est un système de
règles comportementales librement choisies, un moyen de conduire sa vie.
La plupart des gens se contentent de " valeurs ".
Cela ne suffit pas. " Le travail "… pour faire quoi ? Soigner des
malades ? Vendre des armes au plus offrant ? La " solidarité "…
avec qui ? Le " respect "… de quoi ? de quelle façon ? " La
liberté "… de faire quoi ? De pouvoir manger à sa faim ? ou de priver
autrui de manger ce qui existe ? " Libre de manger " en devant faire
quoi ? Car les choses ne sont pas simplement permises ou possibles : elles sont
plus ou moins faciles à obtenir…
De plus, certaines valeurs, par leur étroitesse, sont souvent elles-mêmes
sources de conflits (l'honneur, la patrie…)
A l'inverse, il y a ceux qui respectent des règles comportementales précises. Mais celles-ci s'opposent inévitablement, dans certains cas, aux valeurs globales les ayant inspirées. Ainsi, " ne pas tuer " peut s'opposer à la préservation d'un maximum de vies (par exemple, un homme mitraille une foule et on ne peut pas le neutraliser autrement…) Confronté à la complexité du réel, ce réglementarisme conduit à des complications interminables ou à un dogmatisme inhumain.
Religions et morales ont toujours loué le bien, la droiture, la justesse…
sans toujours expliciter clairement comment ceux-ci devaient se manifester. Un
tel discours suscite l'approbation voire l'enthousiasme, mais ne résout rien
concrètement. Il peut même servir à manipuler les foules en les faisant agir
dans le sens de ce qui est plus ou moins subtilement désigné comme " bien
" ou " juste "...
Aujourd'hui, l' " éthique " du plus grand nombre, se fonde sur des
jugements superficiels, se résume à un ensemble de réflexes, de dogmes et
d'idées reçues d'origine culturelle ne formant pas un tout cohérent, ne
résolvant pas les problèmes, voire engendrant la violence. Quand on a
réalisé cela, on ne s'étonne plus de l'état du monde.
D'un point de vue plus collectif, la présente proposition naît du désir
d'un monde plus pacifique, agréable et durable d'une part et de plusieurs
constats d'autre part.
Le premier de ces constats est celui des crimes et génocides qui ne cessent
d'émailler l'Histoire, et qui montrent à qui en douterait que l'homme tombe
facilement dans des comportements opposés à l'humanisme le plus élémentaire
si rien d'adéquat ne l'y maintient…
Le second est celui de l'abondance des croyances irrationnelles (au moins 80% de
l'humanité), accompagnée de la montée du fanatisme et du sectarisme, à
l'époque des armes atomiques…
Bien sûr, toute croyance n'est pas forcément nuisible, mais en fin de compte,
la crédulité entretient la division, la certitude hâtive s'oppose à la
compréhension mutuelle, malgré tous les discours pacifistes que l'on pourra
faire. Lorsqu'un peuple estime que telle terre lui revient de droit parce que
" Dieu " la lui a attribuée, on peut comprendre que cela rende les
négociations difficiles…
Le troisième constat, symétrique du précédent, est celui du manque de
propositions alternatives. On reproche souvent aux libres penseurs de ne faire
que critiquer…
Le quatrième est celui de la prépondérance d'un égoïsme à courte vue,
induisant une généralisation des conflits (par la compétition), ainsi qu'une
destruction inexorable des ressources naturelles (par pollution et
sur-consommation).
Le cinquième est celui de la puissance technique dont l'homme bénéficie
aujourd'hui, qui, faute d'une sagesse suffisante, menace paradoxalement sa
propre survie.
Le sixième est celui de la difficulté des hommes à vivre ensemble
démocratiquement, de façon harmonieuse, c'est-à-dire à se mettre d'accord
librement, même lorsqu'ils partagent une même idéologie…
D'où l'idée de proposer une certaine façon d'être, de vivre et de penser,
concrètement porteuse d'harmonie.
D'où l'idée de faire en sorte que cette façon d'être se répande, et vite,
qu'elle ne se contente pas d'être une simple éthique pour quelques êtres plus
autonomes ou perfectionnistes que la moyenne, mais se manifeste par des
pratiques, une publicité, une notoriété voire une organisation comparables en
importance à celles dont bénéficient par exemple les grandes religions…
Le paradoxe évoqué dans le cinquième constat découle d'une certaine
lenteur du progrès de la sagesse. Lenteur, qui s'explique par un certain nombre
de traits de la psychologie humaine.
Pour commencer, il y a une tendance à réfléchir au moyen d'atteindre ses buts
avant de penser à les établir avec soin. Cela alimente en particulier,
l'esprit partisan : on choisit son camp d'abord et on réfléchit après. On
réfléchit donc essentiellement à défendre son camp…
Il y a en l'homme une tendance à chérir ce qui lui rappelle les tendres heures
de son enfance. D'où la force des traditions, le culte de la famille, de sa
région, la nostalgie d'un âge d'or…
Ce qui existe depuis longtemps a fini par s'intégrer au paysage, et s'impose de
fait, d'autorité. L'homme éprouve un besoin de se soumettre à une autorité…
Ce qui est plus profond, affectif, intime : l'éthique par opposition à la
technique, est plus facilement l'objet d'une intolérance à la différence,
d'une peur. Même lorsque celle-ci n'entraîne pas une répression violente,
elle s'oppose fortement à toute évolution.
Il y a en l'homme une tendance à rechercher un absolu, et à s'accrocher à
tout ce qui y ressemble… Puis, les jugements de valeur le maintiennent dans sa
conviction.
Il y a aussi une tendance à s'exalter pour tout ce qui est sentimental,
spectaculaire, mystérieux, merveilleux, épique.
D'où la force de certaines sectes et spiritualités.
Chez certains, le besoin d'absolu et d'autorité est tel qu'ils ne supportent
pas de suivre une éthique qui serait d'origine humaine, elle doit être "
parfaite ". Il suffit ensuite qu'une parole inspirée soit proclamée
d'origine divine et, la pression sociale aidant, les mœurs d'une population à
une époque donnée se retrouvent figées pour des millénaires…
Ajoutons à cela l'attrait des solutions simples… Le besoin d'appartenance…
Ou simplement le manque de rigueur : l'idée que ce qui est ancien a été
éprouvé par le temps, sans avoir réalisé que les problèmes sont tout aussi
anciens ; l'acceptation globale d'une idéologie par enthousiasme pour certains
de ses aspects…
Rappelons-nous enfin que la morale acquise de longue date prend le contrôle du
cerveau en amont de la pensée critique…
Et l'on ne s'étonnera plus de la lenteur du progrès éthique…
Ce dernier nécessite beaucoup de discernement, d'indépendance, de courage, de
réflexion et de contrôle de soi. Cela n'est cependant pas incompatible avec la
joie, l'exaltation, l'engagement, le bonheur, bien au contraire.
Certains objecteront peut-être que ce ne sont pas tant les éthiques
actuelles qui pèchent, que leur piètre application par le plus grand nombre.
Cela n'est vrai qu'en partie.
Comme nous l'avons vu plus haut, les valeurs et préceptes présentent en
eux-mêmes des limites. De plus, toutes les éthiques ne sont pas "
altruistes ". La recherche du plus grand plaisir personnel par la
consommation de biens matériels, outre qu'elle a toujours été largement partagée, est de plus en
plus explicitement martelée par les médias et ouvertement revendiquée...
Pourquoi les éthiques altruistes sont-elles si mal appliquées ?
On peut comprendre que des religions qui considèrent l'homme comme un pécheur
invétéré, qui proposent un idéal extrême, qui sollicitent une attitude
infantile, qui relativisent la réalité palpable, l'importance de notre "
séjour ici-bas ", ou exigent de croire en des mythes ou des
métaphysiques, aient du mal à induire à grande échelle le comportement
qu'elles prônent…
Quant à la pression sociale et morale, induit-elle un altruisme cohérent et
profond, une véritable harmonie ? N'est-elle pas, bien souvent, une source de
violence ?
En outre, le mode de vie dominant est rarement en accord avec une éthique de
solidarité (en particulier les rapports économiques). Or, celui-ci influence
le psychisme plus assurément que les discours...
L'éthique qui suit se veut réaliste, opposée aux croyances et aux morales,
dénuée de tout concept " subtil " ou arbitraire, tout en étant
raisonnablement exigeante sur le mode de vie…
Ne pas faire de remises en cause susceptibles de heurter certaines
sensibilités, ou chercher à synthétiser tout ce qui existe, ne permet d'être
ni cohérent, ni efficace… dans le sens d'une harmonie profonde.
Pour autant, il n'est pas question ici de s'opposer à quiconque, ni même à
d'autres éthiques ou religions. Il s'agit d'ouvrir une voie nouvelle en vue
d'atteindre un même " sommet ". Or, le but étant le sommet, il ne
saurait y avoir concurrence, bien au contraire… La concurrence découle
souvent de la présomption, de l'intolérance, de la certitude : si je suis sûr
que pour accéder au sommet, il est indispensable d'emprunter tel sentier, je
m'opposerai logiquement à tous ceux qui en proposent un autre…
Il s'agit seulement ici de proposer un sentier pour ceux auxquels il
conviendrait, une voie nouvelle qui puisse donner au plus grand nombre des
raisons d'espérer…
Il n'est pas question de créer une nouvelle autorité. Nous ne connaissons
que trop ces religions qui passent autant de temps à établir leur autorité
(par la mystification, la moralisation voire la menace et la contrainte), qu'à
porter un message d'amour, de sorte que tout en condamnant la guerre, elles
l'alimentent, de sorte que tout en appelant à l'unité, elles entretiennent la
division.
Il est simplement question ici de réaliser plus de bonheur sur terre par plus
de tolérance et de raison, en aidant dans ce sens les personnes de bonne
volonté, en proposant une pratique efficace et cohérente. Une pratique qui
insiste sur ce qui est porteur d'harmonie et seulement sur cela.
Le rejet de tout ce qui évoque une chose dont on dénonce certains aspects
est tout aussi dommageable que son acceptation globale par enthousiasme pour
certains de ses aspects. De même que tout n'est pas forcément à conserver,
tout n'est pas forcément à rejeter. D'où l'importance du discernement...
A chacun de déterminer sa propre éthique, sa propre philosophie, en jugeant
par lui-même, par une réflexion et une expérimentation suffisantes, en se
reliant à son cœur tout autant qu'à sa raison.