La Sagesse de l'Autonomie, de l'Amour et de la Raison


I Origine et intérêt

D'un point de vue strictement individuel, cette philosophie naît du désir de prendre ses décisions avec plus de cohérence, de vivre d'une façon plus satisfaisante.
Elle débouche sur une nouvelle éthique. Une éthique est un système de règles comportementales librement choisies, un moyen de conduire sa vie.

La plupart des gens se contentent de " valeurs ".
Cela ne suffit pas. " Le travail "… pour faire quoi ? Soigner des malades ? Vendre des armes au plus offrant ? La " solidarité "… avec qui ? Le " respect "… de quoi ? de quelle façon ? " La liberté "… de faire quoi ? De pouvoir manger à sa faim ? ou de priver autrui de manger ce qui existe ? " Libre de manger " en devant faire quoi ? Car les choses ne sont pas simplement permises ou possibles : elles sont plus ou moins faciles à obtenir…
De plus, certaines valeurs, par leur étroitesse, sont souvent elles-mêmes sources de conflits (l'honneur, la patrie…)

A l'inverse, il y a ceux qui respectent des règles comportementales précises. Mais celles-ci s'opposent inévitablement, dans certains cas, aux valeurs globales les ayant inspirées. Ainsi, " ne pas tuer " peut s'opposer à la préservation d'un maximum de vies (par exemple, un homme mitraille une foule et on ne peut pas le neutraliser autrement…) Confronté à la complexité du réel, ce réglementarisme conduit à des complications interminables ou à un dogmatisme inhumain.

Religions et morales ont toujours loué le bien, la droiture, la justesse… sans toujours expliciter clairement comment ceux-ci devaient se manifester. Un tel discours suscite l'approbation voire l'enthousiasme, mais ne résout rien concrètement. Il peut même servir à manipuler les foules en les faisant agir dans le sens de ce qui est plus ou moins subtilement désigné comme " bien " ou " juste "...
Aujourd'hui, l' " éthique " du plus grand nombre, se fonde sur des jugements superficiels, se résume à un ensemble de réflexes, de dogmes et d'idées reçues d'origine culturelle ne formant pas un tout cohérent, ne résolvant pas les problèmes, voire engendrant la violence. Quand on a réalisé cela, on ne s'étonne plus de l'état du monde.

D'un point de vue plus collectif, la présente proposition naît du désir d'un monde plus pacifique, agréable et durable d'une part et de plusieurs constats d'autre part.
Le premier de ces constats est celui des crimes et génocides qui ne cessent d'émailler l'Histoire, et qui montrent à qui en douterait que l'homme tombe facilement dans des comportements opposés à l'humanisme le plus élémentaire si rien d'adéquat ne l'y maintient…
Le second est celui de l'abondance des croyances irrationnelles (au moins 80% de l'humanité), accompagnée de la montée du fanatisme et du sectarisme, à l'époque des armes atomiques…
Bien sûr, toute croyance n'est pas forcément nuisible, mais en fin de compte, la crédulité entretient la division, la certitude hâtive s'oppose à la compréhension mutuelle, malgré tous les discours pacifistes que l'on pourra faire. Lorsqu'un peuple estime que telle terre lui revient de droit parce que " Dieu " la lui a attribuée, on peut comprendre que cela rende les négociations difficiles…
Le troisième constat, symétrique du précédent, est celui du manque de propositions alternatives. On reproche souvent aux libres penseurs de ne faire que critiquer…
Le quatrième est celui de la prépondérance d'un égoïsme à courte vue, induisant une généralisation des conflits (par la compétition), ainsi qu'une destruction inexorable des ressources naturelles (par pollution et sur-consommation).
Le cinquième est celui de la puissance technique dont l'homme bénéficie aujourd'hui, qui, faute d'une sagesse suffisante, menace paradoxalement sa propre survie.
Le sixième est celui de la difficulté des hommes à vivre ensemble démocratiquement, de façon harmonieuse, c'est-à-dire à se mettre d'accord librement, même lorsqu'ils partagent une même idéologie…
D'où l'idée de proposer une certaine façon d'être, de vivre et de penser, concrètement porteuse d'harmonie.
D'où l'idée de faire en sorte que cette façon d'être se répande, et vite, qu'elle ne se contente pas d'être une simple éthique pour quelques êtres plus autonomes ou perfectionnistes que la moyenne, mais se manifeste par des pratiques, une publicité, une notoriété voire une organisation comparables en importance à celles dont bénéficient par exemple les grandes religions…

Le paradoxe évoqué dans le cinquième constat découle d'une certaine lenteur du progrès de la sagesse. Lenteur, qui s'explique par un certain nombre de traits de la psychologie humaine.
Pour commencer, il y a une tendance à réfléchir au moyen d'atteindre ses buts avant de penser à les établir avec soin. Cela alimente en particulier, l'esprit partisan : on choisit son camp d'abord et on réfléchit après. On réfléchit donc essentiellement à défendre son camp…
Il y a en l'homme une tendance à chérir ce qui lui rappelle les tendres heures de son enfance. D'où la force des traditions, le culte de la famille, de sa région, la nostalgie d'un âge d'or…
Ce qui existe depuis longtemps a fini par s'intégrer au paysage, et s'impose de fait, d'autorité. L'homme éprouve un besoin de se soumettre à une autorité…
Ce qui est plus profond, affectif, intime : l'éthique par opposition à la technique, est plus facilement l'objet d'une intolérance à la différence, d'une peur. Même lorsque celle-ci n'entraîne pas une répression violente, elle s'oppose fortement à toute évolution.
Il y a en l'homme une tendance à rechercher un absolu, et à s'accrocher à tout ce qui y ressemble… Puis, les jugements de valeur le maintiennent dans sa conviction.
Il y a aussi une tendance à s'exalter pour tout ce qui est sentimental, spectaculaire, mystérieux, merveilleux, épique.
D'où la force de certaines sectes et spiritualités.
Chez certains, le besoin d'absolu et d'autorité est tel qu'ils ne supportent pas de suivre une éthique qui serait d'origine humaine, elle doit être " parfaite ". Il suffit ensuite qu'une parole inspirée soit proclamée d'origine divine et, la pression sociale aidant, les mœurs d'une population à une époque donnée se retrouvent figées pour des millénaires…
Ajoutons à cela l'attrait des solutions simples… Le besoin d'appartenance…
Ou simplement le manque de rigueur : l'idée que ce qui est ancien a été éprouvé par le temps, sans avoir réalisé que les problèmes sont tout aussi anciens ; l'acceptation globale d'une idéologie par enthousiasme pour certains de ses aspects…
Rappelons-nous enfin que la morale acquise de longue date prend le contrôle du cerveau en amont de la pensée critique…
Et l'on ne s'étonnera plus de la lenteur du progrès éthique…
Ce dernier nécessite beaucoup de discernement, d'indépendance, de courage, de réflexion et de contrôle de soi. Cela n'est cependant pas incompatible avec la joie, l'exaltation, l'engagement, le bonheur, bien au contraire.

Certains objecteront peut-être que ce ne sont pas tant les éthiques actuelles qui pèchent, que leur piètre application par le plus grand nombre. Cela n'est vrai qu'en partie.
Comme nous l'avons vu plus haut, les valeurs et préceptes présentent en eux-mêmes des limites. De plus, toutes les éthiques ne sont pas " altruistes ". La recherche du plus grand plaisir personnel par la consommation de biens matériels, outre qu'elle a toujours été largement partagée, est de plus en plus explicitement martelée par les médias et ouvertement revendiquée...

Pourquoi les éthiques altruistes sont-elles si mal appliquées ?
On peut comprendre que des religions qui considèrent l'homme comme un pécheur invétéré, qui proposent un idéal extrême, qui sollicitent une attitude infantile, qui relativisent la réalité palpable, l'importance de notre " séjour ici-bas ", ou exigent de croire en des mythes ou des métaphysiques, aient du mal à induire à grande échelle le comportement qu'elles prônent…
Quant à la pression sociale et morale, induit-elle un altruisme cohérent et profond, une véritable harmonie ? N'est-elle pas, bien souvent, une source de violence ?
En outre, le mode de vie dominant est rarement en accord avec une éthique de solidarité (en particulier les rapports économiques). Or, celui-ci influence le psychisme plus assurément que les discours...
L'éthique qui suit se veut réaliste, opposée aux croyances et aux morales, dénuée de tout concept " subtil " ou arbitraire, tout en étant raisonnablement exigeante sur le mode de vie…

Ne pas faire de remises en cause susceptibles de heurter certaines sensibilités, ou chercher à synthétiser tout ce qui existe, ne permet d'être ni cohérent, ni efficace… dans le sens d'une harmonie profonde.
Pour autant, il n'est pas question ici de s'opposer à quiconque, ni même à d'autres éthiques ou religions. Il s'agit d'ouvrir une voie nouvelle en vue d'atteindre un même " sommet ". Or, le but étant le sommet, il ne saurait y avoir concurrence, bien au contraire… La concurrence découle souvent de la présomption, de l'intolérance, de la certitude : si je suis sûr que pour accéder au sommet, il est indispensable d'emprunter tel sentier, je m'opposerai logiquement à tous ceux qui en proposent un autre…
Il s'agit seulement ici de proposer un sentier pour ceux auxquels il conviendrait, une voie nouvelle qui puisse donner au plus grand nombre des raisons d'espérer…

Il n'est pas question de créer une nouvelle autorité. Nous ne connaissons que trop ces religions qui passent autant de temps à établir leur autorité (par la mystification, la moralisation voire la menace et la contrainte), qu'à porter un message d'amour, de sorte que tout en condamnant la guerre, elles l'alimentent, de sorte que tout en appelant à l'unité, elles entretiennent la division.
Il est simplement question ici de réaliser plus de bonheur sur terre par plus de tolérance et de raison, en aidant dans ce sens les personnes de bonne volonté, en proposant une pratique efficace et cohérente. Une pratique qui insiste sur ce qui est porteur d'harmonie et seulement sur cela.

Le rejet de tout ce qui évoque une chose dont on dénonce certains aspects est tout aussi dommageable que son acceptation globale par enthousiasme pour certains de ses aspects. De même que tout n'est pas forcément à conserver, tout n'est pas forcément à rejeter. D'où l'importance du discernement...
A chacun de déterminer sa propre éthique, sa propre philosophie, en jugeant par lui-même, par une réflexion et une expérimentation suffisantes, en se reliant à son cœur tout autant qu'à sa raison.


chapitre suivant

Sommaire