De l'amour et de la raison découlent une éthique, qui constitue une aide à
la prise de décision.
Elle détermine la façon la plus satisfaisante qui soit de vivre son amour, de
faire en sorte qu'il engendre l'harmonie.
Cette éthique se caractérise par un objectif, et non pas des règles à suivre
servilement. Elle donne une direction, une cohérence à la vie de celui qui la
pratique.
L'amour incite naturellement à la préservation de la vie et de
l'environnement, à la bienveillance et à l'harmonie avec autrui.
Cependant, on ne peut être en harmonie avec tout le monde, on ne peut
préserver toute vie ni tout environnement. Quant à la bienveillance, elle
dépend de ce que l'on appelle le bien… Tout ceci a donc besoin d'être
précisé de façon à déterminer un but réellement commun. La communauté de
but est nécessaire à l'harmonie...
Par ailleurs, l'objectif éthique doit être réaliste et cohérent. Par
exemple, celui qui s'imposerait la préservation de toute forme de vie se
condamnerait à se laisser mourir de faim (les graines sont des embryons et il y
a des microbes pratiquement partout…)
L'objectif dit " général " ou " félicitiste "
constitue une direction dans laquelle agir, et peut être résumé par l'expression suivante :
O0 La maximisation du bonheur.
Le bonheur (ou " bien-être ", ou " satisfaction ") est
évalué (intégré) sur tous les instants (pas seulement le présent). C'est
donc le bonheur à long terme qui est visé.
Sont ajoutés les bonheurs des différents êtres, chacun comptant également
(à intensité connue équivalente). C'est donc le bonheur chez le plus grand
nombre possible, qui est visé.
Le bonheur n'est pas rigoureusement mesurable. Mais, il se trouve que l'être
humain peut accéder à une satisfaction durable par l'état d'amour autonome,
laquelle représente un bonheur optimum, la félicité. On cherchera donc à
diffuser cet état (chez l'être humain, puisque les autres êtres connus ne
peuvent y accéder).
A défaut, on limitera la souffrance et augmentera le plaisir.
Tous les êtres n'éprouvent pas de la souffrance et du plaisir avec la même
intensité que nous. Cet objectif concerne donc les êtres dont la structure
cérébrale laisse supposer de la souffrance et du plaisir, et ce, d'autant plus
qu'ils sont susceptibles d'être importants.
On veillera à la préservation de la vie dans l'univers et de l'espèce humaine
en particulier, ceci étant évidemment nécessaire à l'existence du bonheur.
Le principe d'augmentation du nombre de bonheurs individuels est tempéré par
les conditions matérielles de survie, de sorte que sera visé l'équilibre
écologique sur la planète terre (la seule qui soit actuellement vivable et
accessible). La quantité de vies ne prime pas sur leur qualité…
Cet objectif ne dispense pas de certaines difficultés d'évaluation. Il faudra souvent peser le pour et le contre en prenant en compte le temps passé à une action (qui n'est donc pas passé à une autre).
L'objectif général détermine donc concrètement, les objectifs
particuliers suivants :
O1 La recherche et la conservation de l'état d'amour autonome en soi-même (qui
abolit la souffrance morale)
O2 La propagation de l'état d'amour autonome (par l'enseignement)
O3 La recherche et la conservation de l'intelligence et de la pensée
rationnelle en soi-même (qui permet l'efficacité dans l'action)
O4 La propagation de l'intelligence et de la pensée rationnelle (par
l'enseignement)
O5 La préservation de l'équilibre écologique
O6 La préservation de l'espèce humaine
O7 La réduction des conflits
O8 La réduction de la misère (non-satisfaction des besoins élémentaires)
O9 La réduction de l'oppression
O10 La réduction de la maladie
O11 La réduction de la souffrance
O12 La réduction de la mortalité
O13 La préservation du maximum d'espèces vivantes
O14 L'augmentation de l'harmonie
O15 L'augmentation de la joie et du plaisir
Il est difficile d'attribuer à ces objectifs un ordre de priorité absolu
dans la mesure où ils sont inextricablement liés et où des données
quantitatives entrent en jeu : jusqu'où développer l'intelligence
préalablement à l'action ? Jusqu'à quel seuil une quantité de souffrance
est-elle préférable à la mort ? etc.
L'ordre ci-dessus est inspiré par le fait qu'un objectif satisfait
généralement ceux qui le suivent : en préservant l'équilibre écologique, on
préserve l'espèce humaine, en réduisant les conflits, on réduit la misère
et l'oppression, en réduisant la maladie, on réduit la souffrance et la
mortalité etc.
L'augmentation de la joie et du plaisir peut fort bien participer aux autres
objectifs, tout comme elle peut s'y opposer… tout dépend de quelle joie et de
quel plaisir il est question.
Logiquement, on privilégiera la préservation de la vie à celle d'une espèce
et la préservation de l'espèce à celle d'un l'individu.
En outre, on privilégiera les êtres humains sur les autres, dans les rares cas
où il y aurait incompatibilité.
Il s'agit ici d'éviter le légalisme et le moralisme simplificateurs, et de
rester en lien avec la réalité des sentiments humains.
Enfin, entre plusieurs configurations présentant le même bonheur global (somme des bonheurs comptés positivement et des malheurs comptés négativement), on privilégiera celle présentant la moindre souffrance individuelle (c'est-à-dire où l'individu qui souffre le plus souffre le moins). Ce critère favorise l'équité.
Conformément à l'objectif général, l'action à grande échelle, qui est
nécessairement collective, sera privilégiée.
On veillera ainsi à une organisation sociale s'opposant le plus possible aux
conflits, à la misère, et induisant une gestion durable du milieu naturel (pas
de pillage ni de pollution, et donc : régulation de la consommation et de la
population humaine).
De plus, la généralisation d'une attitude individuelle plus consciente,
réfléchie, rationnelle et universellement aimante semble également
nécessaire à la réalisation de ces objectifs " planétaires ".
Autant agir à la racine du mal. D'où l'intérêt évident de la propagation de
l'amour autonome, de la pensée rationnelle, ou mieux encore : de la saar (en
tant que pratique et non pas adhésion purement formelle…) Cela implique une
activité de communication, d'explication et de témoignage.
Aujourd'hui et depuis la nuit des temps, tout le monde aspire à la paix, à
l'harmonie, au bonheur etc. et pourtant, conflits, souffrances et destructions
abondent. Pourquoi ? Parce que ces aspirations sont noyées parmi d'autres
généralement plus immédiates…
Pour un félicitiste, l'objectif général doit être prioritaire sur tous les
autres. Il est la boussole ultime à laquelle il se réfère. D'où une harmonie
effective…
Cela nécessite un comportement conscient et réfléchi. L'adhésion au
félicitisme doit se traduire par une pratique journalière.
L'éthique félicitiste peut paraître exigeante.
Il convient alors de se rappeler que les résultats, en terme d'efficacité et
d'harmonie, sont considérables, que, même loin de la perfection, chaque effort
est largement récompensé, et qu'une habitude, une fois acquise, ne demande
plus d'effort...
Même à ce stade, l'harmonie entre les pratiquants n'est pas assurée. En
effet, on peut partager un même objectif et ne pas être d'accord sur les
moyens à mettre en œuvre pour l'atteindre. D'aucuns pourraient estimer nécessaire
d'instaurer tel régime politique, d'autres de se
préparer à accueillir des extraterrestres ou encore d'être un certain nombre à prier
au même moment...
Le félicitisme n'ajoute pas de nouvelles croyances, mais se contente de
proposer un moyen de tomber d'accord sur des choix communs… et efficaces.
Ce moyen a, de plus, l'avantage d'être, potentiellement, partagé par tous. Il
s'agit de la " démarche rationnelle ", telle que définie plus bas
(PR1-10).
Jusqu'ici, cette démarche n'a guère été appliquée que dans le domaine
technique. Or, cela s'y est traduit par des succès remarquables…
D'où le principe de base du félicitisme :
PB
A chaque instant, déterminer rationnellement l'action qui augmente le plus
fortement et sûrement le bonheur global, puis la mettre en œuvre.
Le processus décisionnel peut être décomposé en dix étapes (réparties
en quatre temps) :
Pour chaque décision ,
Temps 1 (détermination de temps de réflexion)
E1 Evaluer son importance et son urgence (de la décision).
E2 En déduire (approximativement) le temps que l'on doit consacrer à la
détermination de l'action (le temps de réflexion).
Temps 2 (détermination de l'action)
E3 Déterminer la situation où l'on se trouve avec suffisamment de précision :
observer.
E4 Déterminer rationnellement l'action qui augmente le plus fortement et
sûrement le bonheur global.
E5 Programmer éventuellement des objectifs intermédiaires concrets.
E6 Se donner un seuil de tolérance (en terme d'écart et de délais) au-delà
duquel la nature de l'action sera reconsidérée (en E10).
Temps 3 (action)
E7 Prendre la décision, c'est à dire : arrêter la réflexion (temps 2)
lorsque le temps estimé en E2 est atteint.
E8 Faire ce qui a été décidé, sans attendre inutilement.
Temps 4 (contrôle)
E9 Vérifier périodiquement comment la situation évolue, par rapport au seuil
déterminé en E6.
E10 Si les résultats ne sont pas suffisamment satisfaisants, revenir sur sa
décision (retour au temps 1) pour la modifier (après avoir éventuellement
stoppé l'action).
En pratique, ces dix étapes seront accomplies d'une façon plus ou moins
intuitive et globale. Par exemple, l'examen de la situation (E3) pourra
influencer l'estimation de l'urgence de la décision (E1)…
Par " importance d'une décision ", il faut entendre l'influence
qu'elle risque probablement d'avoir sur le bonheur global. Le félicitiste n'est
pas perfectionniste, il ne va pas passer trop de temps à choisir entre deux
comportements dont les influences moyennes affectées de leurs probabilités
respectives sont proches.
La notion de probabilité est ici importante. Il est évident que si l'on attend
d'être absolument sûr d'éviter tout échec, on ne fait pratiquement rien (car
il est difficile d'être absolument sûr). Il est donc préférable de faire des
choix nécessairement risqués et approximatifs. Il s'agit de traiter en
priorité ce qui est le plus urgent et évident...
" Rationnellement " signifie ici : en respectant la démarche rationnelle telle que résumée par les dix principes qui suivent, dits " de raison " (PR1-10).
Baser sa perception de la " situation " sur ses seules observations et
autres informations sensorielles.
Cela n'interdit pas de se fier à des témoignages ou des indices, mais exclut
l'invention imaginative et l'acceptation de vérités " révélées "
ou véhiculées sans fondement.
Etre aussi fidèle que possible aux informations sensorielles initiales.
On se méfiera donc de l'influence des affects (prendre ses désirs ou ses
craintes pour la réalité, ne pas reconnaître ce qui déplaît etc.), des
tendances à exagérer et généraliser, à déformer les faits pour servir un
objectif particulier.
Ne pas confondre sa " vision de la situation " avec " la réalité ". Cette dernière sera considérée comme une limite vers laquelle on tend lorsque l'on applique la démarche rationnelle (les présents principes). On sera ainsi toujours ouvert à une remise en cause de ses perceptions et décisions par un approfondissement de l'observation, de la réflexion et de la communication.
Utiliser des concepts clairement et préalablement définis. Leur définition ne
doit pas fluctuer au fil du raisonnement.
On explicitera donc le sens que l'on donne à un terme lorsque celui-ci ne découle
pas de façon évidente, précise et univoque du contexte et des dictionnaires
de référence de la langue.
Les concepts devront servir à analyser les observations (pour prendre ses décisions), et ne devront pas s'y substituer en étant considérés comme une réalité en eux-mêmes.
Utiliser des concepts dont le sens est suffisamment précis pour fonder une
réalité commune.
Par exemple, dire " l'arbre est grand " ne permet pas de savoir quelle
est sa taille, ne donne pas un moyen de tomber d'accord sur la véracité ou la
fausseté de cette information.
Utiliser une trame conceptuelle suffisamment fine pour appréhender justement et
efficacement la réalité.
En particulier, les notions de probabilité et de quantité seront prises en
compte.
On évitera l'amalgame et le simplisme (toute conséquence n'est pas
automatique, il n'y a généralement pas " une cause " mais un
ensemble de facteurs nécessaires ou favorables, tout ce qui n'est pas blanc
n'est pas noir, tout ce qui se ressemble ou est désigné de la même façon
n'est pas identique etc.)
Vu qu'il n'y a pas de limite à la finesse de la pensée, on cherchera la "
résolution " juste suffisante à notre but (afin de gagner en
simplicité), tout en restant ouvert à l'introduction de paramètres
supplémentaires.
Effectuer ses déductions en respectant scrupuleusement quelques règles simples
et universelles (les règles de la logique), sans se laisser entraîner par des
interprétations hasardeuses.
Par exemple, si Paul s'allonge toujours quand il a sommeil, on peut en déduire
que Paul n'a pas sommeil s'il ne s'allonge pas, mais pas qu'il a sommeil quand
il s'allonge.
On ne peut présupposer ce que l'on prétend démontrer. Une simple association d'idées n'est pas un lien logique. Une analogie n'a pas
valeur de démonstration. Etc.
Localiser le siège de tout phénomène psychique chez le ou les sujets
correspondants, de façon à ne pas confondre l'objectif et le subjectif.
L'objectif est ce qui s'appuie sur l'observation et ne contient pas d'élément
affectif. Inutile de le localiser chez quelqu'un puisqu'il est commun à tout
observateur pratiquant la démarche expérimentale. Le subjectif est tout le
reste.
Ainsi, on peut penser " cet homme est plus petit que moi " (objectif),
" son aspect me répugne " (subjectif, localisé en soi-même), mais
pas " cet homme est laid " (confusion : laid pour qui ?) On ne peut
penser " il faut " qu'à condition de savoir clairement " pour
quoi "…
Il s'agit de ne pas confondre et mélanger les " faits " avec ses
propres sentiments.
Ce point exclut les jugements de valeur. Rien n'est bien ou mal en soi mais
seulement utile ou nuisible à un objectif, désiré ou rejeté par quelqu'un.
Associer à notre " vision de la situation " ainsi qu'à notre
prévision, un " niveau d'évidence " (ou une probabilité). Celui-ci
sera déterminé en respectant les principes suivants :
a Pour une observation (fait directement observé par quelqu'un),
a1- il croît avec le nombre d'observateurs (directs),
Il décroît avec :
a2- son ancienneté (défaillance possible de la mémoire),
a3- le nombre de rapporteurs intermédiaires. (Autrement dit, je serai plus
assuré si je suis témoin direct).
a4- le nombre et l'importance des Intérêts et dispositions affectives pouvant
les influencer,
a5- l'anormalité(1) des conditions physiques des observateurs (au moment de
l'observation),
a6- l'importance des risques de confusion possibles.
b Le niveau d'évidence d'un fait déduit à partir d'indices (c'est-à-dire
d'observations) croît avec :
b1- le nombre et l'évidence des indices utilisés,
b2- le nombre et la fiabilité(2) des lois expliquant le fait à partir des
indices,
b3- le soin des déductions (respect du principe de logique),
Il décroît avec
b4- le nombre et l'évidence des faits incompatibles découlant des mêmes
indices (et la fiabilité(2) des lois par lesquelles ils en découlent).
c Pour ses prévisions, l'évidence croît avec :
c1- le nombre et l'évidence des faits utilisés
c2- le nombre et la fiabilité(2) des théories utilisées,
c3- le soin apporté à leur détermination : soin dans la réflexion, dans les
inventaires, les calculs etc. et donc, le temps passé à les établir.
En pratique, elle décroît avec la complexité du problème et l'éloignement
de la prédiction dans le futur
(1) Une " condition physique anormale " correspond à une fatigue
ou émotion excessive, à la consommation de certains psychotropes etc.
(2) Pour être valable dans un domaine d'observations et de précision donné,
une loi doit ne jamais avoir été contredite par l'expérience dans ce domaine.
Sa " fiabilité " croît alors avec le nombre de fois où elle a ainsi
été utilisée.
Plus généralement, une loi de probabilité peut être utilisée, extrapolant
les fréquences des diverses "conséquences" antérieures des mêmes causes.
Les principes de raisons, qui concernent a priori la façon de penser, se
concrétisent naturellement dans les paroles et les actes...
L'éthique félicitiste est entièrement contenue dans son principe de base :
la poursuite de l'objectif félicitiste de façon rationnelle, qui contient donc
les dix principes de raison et les quinze objectifs particuliers...
Le principe de base est la pratique de l'éthique félicitiste.
Les autres principes (qui suivent) découlent de ce qui précède et sont
essentiellement des conseils, des aides, pour une pratique aussi satisfaisante
que possible.